Bilan surface désimperméabilisée : augmentation de 50%
Bilan arbres : nombre d’arbres doublé (60 conservés, 60 ajoutés = 120 au total)
Nombre de places de stationnement voitures divisé par 2 (total = 38)
Nombre de places de stationnement vélos doublé (total = 44)
Bilan réemploi : 74% d’énergie économisée, 39 % de GES économisés (d’après Nantes Métropole, calculateur SEVE-TP)
Cette mission au long cours s’est déroulée sur 6 ans, avec un premier plan guide en 2019-2020 puis une maitrise d’œuvre pour la réalisation d’une première tranche de travaux livrée fin 2025, représentant la partie principale du plan guide. Pour opérer cette requalification, les intentions de projet sont riches :
• Rendre plus urbain le boulevard pénétrant de la « route » de Vannes, artère majeure qui supporte un trafic très intense (20 000 véhicules jours), en apaisant la vitesse, en réduisant la place de la voirie au bénéfice des traversées piétonnes et en aménagent un axe magistral pour les cycles.
• Dans le quartier, favoriser l’espace des déplacements actifs, dont les piétons en priorité.
• Desservir les commerces qui animeront la place, soigner l’image d’entrée d’un quartier redynamisé.
• Valoriser le patrimoine arboré, qui fait l’identité du quartier, et mettre en scène la liaison vers la vallée de la Chézine branche de l’Etoile Verte nantaise.
• Améliorer la desserte des écoles pour s’inscrire dans les nouveaux plans sanitaires et de sécurité.
• Aménager en lieu et place d’un parking un square de proximité avec des jeux d’enfants et des assises ombragées pour se retrouver.
L’origine du projet :
Le contexte social de ce renouvellement urbain était tendu, car les habitants percevaient la densification comme une perte de qualité pour leur quartier. En effet, les espaces verts résiduels de cette ancienne bretelle de voie rapide étaient occupés temporairement par un petit skateparc (peu fréquenté) et de grands arbres plantés dans les années 1980. La polarité commerciale d’origine (bar-tabac, boulangerie, pharmacie…), peu fonctionnelle et vieillissante, avait le mérite d’exister.
Les larges voies de l’ancienne bretelle étaient converties en parking public qui, de par sa proximité avec l’axe d’entrée de ville, était accaparé par des voitures ventouses et du stationnement relai. L’offre de places était bien supérieure au besoin (définit par une étude de stationnement). Ce parking était aussi le théatre de mésusages nocturnes. Malgré cela, les habitants percevaient ce parking comme une nécesité pour la vie des commerces et un plus pour leur quartier.
Le PLUM ayant débloqué la constructibilité des abords des axes structurants, une OAP ciblée sur le quartier a réduit les emprises routières à un gabarit de rue et dégagé deux grandes parcelles constructibles. Deux opérations immobilières mixtes successives ont transformé le quartier en vaste chantier pendant plusieurs années. Cette densification constituait une amélioration en terme de fonctionnalités : les rez-de-chaussée commerciaux sont devenus lisibles depuis le boulevard, la mairie annexe est rénovée et ses locaux modernisés et adaptés aux usages, le cabinet médical est accessible aux PMR, les commerçants et habitants on gagné leurs places de stationnement dédiées dans les parkings aux sous-sols des immeubles.
Malgré toutes ces améliorations à la clé, la population ressentait un ras-le-bol des travaux et campait sur des positions conservatistes, craignant par la perte de stationnements, la perte d’attractivité du quartier….
La concertation et le plan guide
Dans le nouvel esprit participatif nantais, qui envisage l’aménagement des espaces publics par la concertation en priorité, ce quartier Schuman en général et la rue Yvernogeau en particulier, ont fait l’objet d’un plan guide co-construit avec les habitants et usagers, invités plus largement que les seuls riverains du périmètre de projet. C’est dans ce contexte que l’agence SCOPIC (communication et concertation) emporte la mission de plan guide, accompagnée de l’atelier Campo (conception du plan guide) et CERAMIDE pour la partie technique et économique. Le trinômee vient prolonger une démarche participative au long court, dans la suite d’un Plan Paysage et Patrimoine réalisé sur le quartier quelques années auparavant par Nantes Métropole (réalisation : agence MAP).
Le diagnostic participatif a été un succès. Organisé sous forme d’une permanence avec un stand sur place et une première marche organisée en fin de semaine et fin de journée, il a permis de mobiliser à la fois actifs, retraités, parents, enfants. Les commerçants, l’école et le collège proche ont été concertés dans une démarche parallèle, plus ciblée, pour prendre en compte leurs besoins spécifiques.
Par la suite, un cycle de trois ateliers de co-conception organisés en petits groupes a fait ressortir les besoins de la vie de quartier : en premier lieu, des espaces libres pour se retrouver et faire vivre le lien social et la convivialité. Ensuite, la réduction de la vitesse, favorisée par le gabarit de voie rapide, l’amélioration de traversée du boulevard (20 000 véhicules/jours !), la connexion avec la vallée du Cens toute proche (Plan Paysage) et une offre de jeux et d’espace vert de proximité à l’échelle du quartier.
Nantes métropole a ajouté à cette programmation habitante les politiques publiques qui visent à : rendre la rue à tous, piétons et personnes âgées en priorité, mettre le parvis de l’école aux normes d’apaisement et de Vigipirate, l’intégration des cycles, la désimperméabilisation, l’agradation de la canopée pour diminuer l’effet d’ilot de chaleur (très marqué ici à cause des voiries surdimensionnées), la gestion des livreurs à vélo et scooters, l’inclusion de sanitaires publiques, la prévention situationnelle pour rendre le quartier plus inclusif, en particulier la nuit.
Campo a rajouté une ambition à cela en proposant d’exploiter le gisement d’enrobé routier pour envisager un projet de réemploi ambitieux.
En cours de mission, la crise sanitaire du Covid a chamboulé l’organisation des ces ateliers. Scopic a du mettre en place un nouveau format de mise en partage à distance. Campo a enregistré une vidéo de présentation du plan guide, diffusée aux participants, qui se sont réunis en une grande visio-conférence (pour la première fois pour nombre d’entre eux !) pour faire leurs retours sur les propositions.
La démarche a abouti à un plan guide largement illustré et un rapport de concertation, qui ont été présentés en réunion publique et exposé en mairie annexe.
La mission d’étude
Campo a par la suite emporté la mission de maitrise d’œuvre entant que mandataire avec Céramide et Iprocia (mission base + ACI + SYN). Campo a assuré la mission d’Assistance à la Consultation et l’Information du public. L’équipe a été retenue pour son ouverture à la concertation et sa précision sur le réemploi.
La phase étude a débuté avec la concertation d’un panel d’habitants, qui a pu donner son avis sur l’esquisse globale. Le travail de co-conception s’est approfondi sur la partie square, avec la production de scénarios détaillés et d’une esquisse de synthèse. Les participants ont pu réaliser leurs propres maquettes d’intention de projet par groupes, avec du matériel fabriqué par Campo. Les scénarios ont été partagés et le projet s’est affiné, jusqu’à faire consensus. Campo a ensuite réalisé une implantation du projet directement sur place avec des tracés à la craie sur le sol du parking libéré pour l’occasion, que les participants ont pu arpenter lors de la seconde visite de site.
Le projet
Dans le contexte de densification urbaine précédemment décrit, le projet se définit comme une extension de l’urbanité de centre-ville, qui atteint maintenant ce quartier jusqu’ici resté périphérique, avec des espaces libres spacieux mais sous-exploités. L’espace restant a vocation à devenir la « place du village », qui jusqu’alors faisait défaut. Le projet doit créer l’agora ou se retrouver au quotidien et où organiser les événements qui rythmeront la nouvelle vie de quartier. C’est aussi la ville du quart d’heure qui se réalise, avec un ensemble d’aménités à proximité des lieux d’habitat. La réduction des emprises routières et la conversion de la route en boulevard urbain, plus favorable à la marche, au vélo et au bus, est aussi un moyen pour relocaliser la vie de quartier et diminuer les nuisances du trafic (les habitants se disaient très impactés par l’engorgement de la route de Rennes.
Le boulevard
L’apaisement du boulevard est l’action première dont découle la redéfinition du quartier. L’emprise routière qu’occupait un double giratoire impossible à franchir par les modes actifs, a cédé la place à un carrefour à feu optimisé, qui libère l’espace nécessaire à la création d’une station verrou pour le Chronobus. La traversée en deux temps en traversant un large ilot central arboré, est facilitée, en plus des feux tricolores. Ce terre-plein central joue le rôle de verrou (empêche de doubler un bus à l’arrêt) et casse la vitesse des voitures. L’espace public est hautement qualifié avec la mise en œuvre par Eurovia de massives bordures en granit, d’asphalte et de mobilier identitaire de la centralité nantaise.
La place
Elle est composée de trois fragments que forment la grande place, le parvis de la mairie et l’entrée de la rue Yvernogeau, tous trois unifiés par un revêtement de sol continu. Les piétons sont protégés de la voirie par des potelets (pas de bordures), des massifs arbustifs et des rangées de stationnements en long (zone bleue). La place forme un grand tapis de pierre, cadré sur la façade classique de l’ancienne mairie. L’esplanade est globalement dégagée pour accueillir les animations, simplement ponctuée d’arbres d’ombrages existants ou plantés, dont le pied émerge de pavés enherbés. Des massifs périphériques, plus touffus, préservent du bruyant boulevard. Le calepinage très travaillé, mêmlant trois teintes de pierres différentes et dessinant un motif de lignes de largeurs variables, parfaitement posées par les compagnons paveurs, met en valeur le cadre urbain d’exception de la place.
Le square
Ce nouveau lieu de convivialité s’inscrit dans la continuité de l’allée aux cèdres (Nouvelles Hébrides), qui remonte depuis la vallée du Cens. Il se situe à la croisée des parcours vers l’école et le chemin du Petit-Port, vers le Cens, vers les commerces et la station de Chronobus. Le square accueil une promenade et une croisée élargies, agrémentée de bancs où s’asseoir pour se rencontrer. La grande aire de jeux, le carré du fleuriste / potager, le solarium, la fontaine à boire et le terrain de pétanque, offrent diverses possibilités d’usage et d’appropriation. Le square est ceint d’une clôture en fer forgé, mais n’est pas fermé de portes. Le tressage d’acier réalisé par les artisans de Qub évoque une palissade en osier poétique.
La désimperméabilisation et la végétalisation
Les pieds des arbres revêtus d’enrobé ont été largement élargis et ont retrouvé des sols vivants respirants. Le sous-sol de la place est composé d’une grande fosse continue de mélange terre-pierre, couvert d’une couche respirante de gravillon qui draine la condensation à la sous-face du revêtement, qui est la première cause du soulèvement racinaire. Les massifs sont plantés selon une dizaine de palettes végétales différentes, adaptées aux micro-situations. Chaque mélange est lui-même composé à partir d’une quinzaine d’essences de vivaces, graminées et bulbes, avec un objectif d’amplitude adaptative et de couverture optimale du sol.
Le réemploi
Le grand challenge du chantier du square, relevé par Arbora, est la réalisation des partie minérales à partir de matériaux de réemploi issus du site. Le chantier a également réemployé l’ensemble des bordures en granite déposées sur place. Pour le square, le projet prévoyait un sol calepiné à partir de pavés d’enrobé et des murets structurants construits avec des blocs d’enrobé. La première étape a consisté à découper le sol de l’ancien parking en blocs réguliers comme une tablette de chocolat, puis les stocker sur palette. La quantité nécessaire au projet n’a pas été atteinte avec le seul parking. Les autres parties e voirie ne pouvant être exploitées à cette phase, il a fallu aller découper des blocs sur une autre voirie Nantes Métropole. Mais l’épaisseur d’enrobé étant insuffisante pour le page de sol (16cm), ce nouveau gisement de 5 cm a été utilisé pour les murets. Campo et le Pôle ont donc complété le besoin avce un reste de stock de blocs bétons inutilisés sur le parvis de la Gare Nord. Une planche d’essai a permis de choisir le bon calepinage alternat lignes de blocs d’enrobé et lignes de blocs béton. Le résultat donne un sol très esthétique, animé par ses variations de couleur et de granularité.
L’inauguration de cet espace public a été reportée pour cause d’élection municipales, mais d’ors et déjà, le retour est unanime: l’aménagement est une réussite.
Informations complémentaires :
Appel d’offre ouvert
Financement 100% Nantes Métropole
Bureau(x) d’études : Céramide bureau d’études VRD, environnement, mobilité Iprocia bureau d’études circulation
Photographe : atelier Campo