Musée Dobrée

1 place Jean V, 44000 Nantes

92

Programme

Réhabilitation des bâtiments existants, privilégiant un usage d’exposition pour le Palais Dobrée et le Manoir Jean V, et création d’extensions neuves pour intégrer accueil, boutique, espace de restauration légère, salle polyvalente (conférences, expositions, événements), avec valorisation et requalification des espaces extérieurs

Concepteurs

  • Atelier Donjerkovic (architecte du patrimoine)
  • Atelier Moabi (Paysage)
  • Atelier Novembre (architecte mandataire)
  • Ateliers Adeline Rispal (Scénographie)

Commune

  • Nantes

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • DÉPARTEMENT DE LOIRE ATLANTIQUE

Thèmes

  • Architecture

Année de réalisation

2024

Surface(s)

5 000 m² SU soit 7 400 m² SP, dont 1000m² d'extension enterrée (démoli 1 200 m²)

Coûts

32 M€ HT de travaux (valeur 2024)

Documents

Enjeux du projet : un contexte sensible à réunifier
En plein cœur de Nantes, le musée Dobrée abrite des collections uniques par leur richesse et leur diversité tout en réunissant un ensemble patrimonial remarquable constitué de trois bâtiments d’époques et de factures différentes : le palais (bâtiment du XIXe siècle d’inspiration néo-romane), le manoir Jean V (bâtiment du XVe siècle) et le bâtiment Voltaire (caractéristique de l’architecture brutaliste des années 1970).
Outre la rénovation lourde de ce bâti existant, le principal enjeu du projet a donc consisté à résoudre la question de l’unité du lieu en intervenant notamment sur la redistribution des flux et la simplification des parcours des visiteurs, mais également à créer des espaces fonctionnels tout en révélant les potentialités de ce patrimoine bâti. Par une approche globale et sensible, les propositions architecturales, paysagères et scénographiques s’attachent ainsi à répondre à l’ambition du Département de Loire-Atlantique « de révéler et faire rayonner le site du musée Dobrée dans toute son originalité ». En requalifiant ce parc muséal et urbain, le futur domaine a pour vocation de devenir une composante forte de l’identité de la Ville et un des nouveaux leviers de son attractivité.

— Intentions architecturales et paysagères
Initiée par une pente douce qui se glisse entre le manoir de la Touche et le bâtiment Voltaire, une promenade libre d’accès met en scène les édifices et relie les différents espaces extérieurs du site. Le projet paysager participe pleinement au fonctionnement de l’établissement en affirmant ses accès, et en liant les différents bâtiments du domaine pour les inscrire dans un ensemble cohérent et convivial sans conflit de gestion ni d’usages. Quatre espaces s’entrecroisent ainsi : une promenade végétalisée hors douane participant à la vie de quartier pour flâner et se détendre ; un vaste jardin dédié aux activités ludiques et aux jeux d’enfants ; un parvis pour profiter d’un café à l’ombre des arbres ; et enfin un cœur de jardin (sous douane) pensé comme une pièce de musée qui invite le visiteur à contempler les détails architecturaux du palais.
Souhaitant susciter à la fois curiosité et étonnement, le projet architectural propose des ponctuations qui animent les parcours et rendent lisibles les composantes du site. Une écriture identitaire et contemporaine est ainsi conçue pour permettre à la fois de signaler une nouvelle urbanité, de prolonger par son originalité l’énigme de l’œuvre singulière de Thomas Dobrée mais aussi de résoudre délicatement la question de l’unité du lieu.
Agissant comme un fil conducteur, un matériau unique est utilisé pour signifier les interventions nouvelles : le glacis de la rampe qui accompagne dès l’entrée le visiteur, l’auvent qui identifie les espaces d’accueil, le volume ajouré du noyau vertical du manoir de la Touche et l’incision pratiquée dans le jardin central. Le choix s’est porté sur des parements ou profils métalliques dont la texture et les oxydations jouent par mimétisme avec la richesse des couleurs des moellons granitiques du manoir de la Touche, des schistes et pierres de Chauvigny du palais Dobrée et des bétons architectoniques du bâtiment Voltaire. La cohérence de cette intervention vient agir, sans ambiguïté, comme un trait d’union pour requalifier le site.

— Approche scénographique de ce musée de collectionneur
Les collections du musée Dobrée sont constituées de 135 000 œuvres et racontent 500 000 ans d’Histoire (de la Préhistoire au XXe siècle) sur 5 continents. Déployant ce fond exceptionnel, le musée offre un espace permanent d’exposition de plus de 2 000 m² dans le palais, complété par un espace d’expositions temporaires de 400 m² dans le manoir.
Pour ce musée d’objets, le projet scénographique propose au public une approche intimiste en grande proximité avec les collections. L’ambition est de concevoir un « musée à vivre » : plus qu’un lieu d’expositions, il est pensé comme lieu de vie où le public peut librement découvrir les collections par des approches diverses, des rencontres culturelles mais aussi selon ses envies – faire une pause, lire, contempler, étudier, ou se restaurer à la terrasse du café, participer à une visite guidée ou à un spectacle.
Porté par le Département de Loire-Atlantique, ce projet de rénovation souhaite donc révéler toute l’originalité de ce lieu atypique, ainsi qu’offrir aux futurs visiteurs une expérience muséographique unique, vivante, accessible à tous les publics.

— Réconcilier les époques et anticiper les usages à venir
Cette ambitieuse restructuration a ainsi conduit à des interventions relativement conséquentes pour répondre aux objectifs de fonctionnalité, d’attractivité et d’évolutivité. Bien que les bâtiments ne soient pas protégés au titre des monuments historiques, ils font partie du patrimoine nantais et constituent, avec les collections, le fonds patrimonial de l’institution.
Il est donc apparu nécessaire de valoriser et prolonger la mémoire du site par de justes interventions contemporaines, sans ostentation, en se nourrissant de toutes les données du site, des époques les plus anciennes aux interventions du XXe siècle, considérant que chacune a contribué à écrire un pan d’histoire de ce lieu très apprécié des habitants.

— Qualité de la relation entre le maître d’ouvrage et l’équipe de maîtrise d’œuvre
Outre la modernisation du musée, les intervenants qui ont porté ce projet avaient pour point de mire l’idée d’un équipement confortable et fonctionnel qui puisse « produire » du lien, c’est à dire créer les conditions de rencontres entre les différents publics, une institution qui contribue à engendrer des opportunités ou des invitations.
Le travail conjoint de la maîtrise d’ouvrage et de l’équipe de maîtrise d’œuvre a en ce sens stimulé les imaginations pour apporter une réponse architecturale, patrimoniale, paysagère et scénographique globale et cohérente. Il a permis un dialogue riche, à l’image de la complexité de ce morceau de ville.
Au-delà du concours, ce processus de réflexion a pu s’enrichir d’un dialogue fécond, nourri notamment de réunions publiques participatives.


Informations complémentaires :
Musée fermé depuis 2011 ; premier concours recalé par la justice administrative en 2014 ; second concours loi MOP (avec l’Atelier Novembre lauréat) en 2017.
Financement (50 M€ TDC, Toutes Dépenses Confondues, dont 32 M€ HT de travaux) :
– Département de Loire-Atlantique
– Etat / Ministère de la Culture (via la Direction régionale des affaires culturelles des Pays-de-la-Loire, à hauteur de 4,5 M€)
– Région Pays-de-la-Loire (à hauteur de 3 M€)

Bureau(x) d’études : Oteis (Tce, Opc, Economie, Ssi & Sécurité), Jean-Paul Lamoureux (Acoustique), Innovision (Audiovisuel, Multimédia, Numérique), Temeloy (Conception lumière), Chevalvert (Graphisme, Signalétique)
Photographes : ©Luc Boegly (photos : 1 et 12 à 19) ©Shimmura Takuji (photos : 2 à 11 et 20)