Construction neuve d’un Institut public médico-social d’éducation sensorielle pour jeunes déficients visuels

2 Rue René Dunan, 44200 Nantes

35

Programme

Bâtiment tertiaire et d’enseignement avec locaux pédagogiques, d’activité, de formation, détente et restauration, salles de réunions et de conférence 200 places, bureaux. Le public accueilli est constitué d’enfants et de jeunes adultes principalement. Les locaux tertiaires sont destinés au personnel de l’institut.

Concepteurs

  • BAP (paysagiste)
  • DLW (Architecte mandataire / Mobiliers fixes)

Commune

  • Nantes

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Institut public Ocens

Thèmes

  • Architecture

Année de réalisation

2023

Surface(s)

Bâtiment SU 1 647 m² et SP 2 208 m², stationnement extérieur 400 m²

Coûts

6 015 534 €HT (projet n° 1 5 696 474 €HT valeur 2023 + projet n°2 réaménagement du siège et des espaces extérieurs 319 060 €HT valeur 2025) dont 226 803 €HT Terrassements – VRD – Assainissement tranchées souples et 245 435 €HT Aménagements extérieurs

Documents

1 Commande · MOE : Dialogue, ambition et gouvernance partagés

Ce projet naît d’une fusion institutionnelle entre deux établissements nantais accompagnant des enfants et adolescents déficients visuels et auditifs : l’Institut Public La Persagotière (IPP) et l’Institut des Hauts Thébaudières (IHT), réunis sous le nom d’Institut Public OCENS. Cette genèse singulière appelle une démarche de maîtrise d’œuvre à la hauteur de l’ambition du maître d’ouvrage : non pas simplement construire un bâtiment de plus, mais réunir deux cultures institutionnelles dans un cadre architectural porteur de sens.
Le dialogue entre maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’œuvre s’est construit autour d’une exigence partagée : celle d’une architecture qui ne soit pas neutre, mais véritablement adaptée à ses usagers, et en particulier à des enfants dont la perception sensorielle du monde diffère profondément de la norme. Cette ambition commune a gouverné chaque décision de conception — du système constructif au choix des matériaux, de l’organisation spatiale à la qualité des ambiances intérieures. La composition de l’équipe témoigne d’une démarche pluridisciplinaire où la synergie entre compétences élève le niveau d’exigence collective.

2 INTÉGRATION ESTHÉTIQUE — Contexte, dialogue et audace maîtrisée

Implanté en bord de Sèvre Nantaise, entre un espace boisé classé aux chênes centenaires et un bâtiment existant à l’architecture expressive (IPP, Forma 6, 2016), le projet assume pleinement la complexité de son contexte. Loin de s’imposer, il choisit l’analogie plutôt que la rupture, le dialogue plutôt que la compétition.
La volumétrie fragmentée — jeux de glissements, d’emboîtements, d’avancées et de retraits — répond à la composition du bâtiment existant en créant un entre-deux actif, un espace extérieur séquencé et habité. La césure verticale qui divise le projet en deux masses distinctes n’est pas qu’un geste formel : elle dégage des vues depuis le cœur du bâtiment vers la Sèvre, elle allège la lecture de l’équipement dans son environnement, elle cadre la placette publique naissante avec une précision urbaine.
Le traitement des façades en bardage bois pré-grisé — alternance de surfaces lisses et de clins texturés, stratification horizontale des niveaux — instaure un dialogue sensoriel avec le bois attenant. La teinte gris-brun foncé entre en résonance avec la nature préservée des bords de Sèvre, évoquant les écorces des arbres, tout en s’harmonisant avec le bâtiment existant. La beauté ici n’est pas décorative : elle est matérielle, tactile, climatique. Un peu comme un balcon sur la forêt.
Au dernier niveau, la salle de conférence en avancée avec son balcon belvédère incarne l’audace du projet : geste architectural signifiant, il offre une expérience paysagère forte tout en marquant l’ancrage du programme dans son territoire.

3 ENVIRONNEMENT & RESSOURCES — Un bâtiment engagé, sobre et durable

L’engagement environnemental du projet ne se limite pas à une performance chiffrée, aussi remarquable soit-elle (RE 2020 niveau E2C3, Cep : 41 kWhep/m²/an, label PEFC). Il s’incarne dans des choix constructifs cohérents et cohérents avec le contexte.
Le système constructif bois-béton — noyaux béton, poteaux-poutres et planchers mixtes en pin Douglas — optimise le recours à chaque matériau selon ses qualités propres. Il réduit significativement l’empreinte carbone du chantier, accélère la mise en œuvre et limite les nuisances dans un environnement urbain habité. Les isolants biosourcés (laine de bois, biofib chanvre-coton-lin) prolongent cette logique de matériaux sains et décarbonés.
Le projet préserve l’intégrité de l’espace boisé classé — limite de constructibilité respectée, recul soigneux ménageant le système racinaire des grands sujets —, et valorise ce patrimoine végétal comme cadre de vie et de vues principal de l’extension. La gestion de la biodiversité est intégrée dès la conception : coefficient de biotope respecté, plantation compensatoire des arbres abattus hors EBC, parking extérieur végétalisé avec sept arbres. Le bioclimatisme guide l’orientation du bâtiment, le dimensionnement des percements en bandeaux horizontaux et les casquettes pare-soleil au sud, garants du confort sans recours excessif aux systèmes actifs. La pérennité est inscrite dans le choix d’une filière sèche en structure bois, réversible et évolutive.

4 USAGES & FONCTIONNALITÉS — Une architecture au service de ses usagers

Ce bâtiment accueille un public particulier — des enfants et jeunes adultes déficients visuels — et cette singularité est le moteur profond de toutes les décisions architecturales. L’accessibilité n’est pas ici un simple respect normatif : elle est le cœur du projet.
Les cheminements guidés dès l’entrée (bande de guidage en fonte aspect oxydé, béton sablé repérable au toucher), la richesse tactile des façades intérieures prolongeant les textures extérieures le long des couloirs, la structure très contrastée des plafonds en solives et ilots acoustiques participent à une structuration de l’espace perceptible par les déficients visuels — tout cela constitue une réponse fonctionnelle, ergonomique et sensible. L’architecture devient matière, elle devient accessible.
La mixité programmatique est ambitieuse : locaux pédagogiques, espaces de formation, salle de conférence de 200 places, bureaux, détente et restauration constituent un équipement complet, à la fois ouvert sur la ville et protecteur pour ses usagers. La connexion souterraine avec l’IPP — parking, circulations — crée un campus fluide, une continuité de mobilité entre les deux tranches. L’évolutivité est intégrée dès la conception : la structure poteau-poutre libère les plateaux et autorise des réorganisations futures sans contrainte structurelle majeure.
La qualité des ambiances — lumière naturelle généreuse au sud sur le bois, terrasse plantée au premier niveau offrant un espace de détente véritable pour usagers et personnels — répond à une vision globale du confort et du bien-être dans laquelle l’architecture réconfortante n’est pas un luxe, mais une condition de l’apprentissage et du soin.

Publié dans AMC Les 100 bâtiments de l’année, 2023 — DLW Architectes, Nantes


Label(s) obtenu(s) : RE 2020 E2C3, label PEFC

Informations complémentaires :
Concours

Bureau(x) d’études : ECSB (structure bois et béton), POUGET CONSULTANTS (thermique, fluides, HQE, SSI), ECGG (économiste), ITAC (acousticien), GCA (VRD), EXE (OPC)
Photographe : Simon Guesdon / DLW