Le jardin Duchesse Anne s’inscrit dans une histoire particulièrement riche : autrefois situé en bord de Loire, le site accueillit ensuite un square agrémenté d’une fontaine pendant plusieurs décennies au début du siècle, avant d’être transformé en parking à partir des années 1960. Cette mémoire du lieu a guidé une conception volontairement simple, sobre et intemporelle.
Les lignes directrices du projet reprennent les alignements historiques des cours du XVIIIe siècle ainsi que ceux de la rue de Richebourg. La matérialité du jardin s’inscrit dans le même esprit de sobriété : des cheminements en sablé renforcé et des murets en granit beige français, dont les tonalités dialoguent avec les granits déjà présents sur le site. L’inspiration du jardin à la française y est pleinement assumée. Les perspectives créées par les tracés du jardin ouvrent le regard vers le lointain et mettent en valeur plusieurs repères majeurs du paysage nantais : la tour du Le Lieu Unique, l’axe historique vers la route de Clisson au sud, ainsi que les cours Saint-Pierre et la colonne Louis-XVI au nord.
À l’échelle métropolitaine, le projet du jardin Duchesse Anne se situe au croisement de nombreux flux urbains et paysagers. Il prend place sur l’axe de la promenade historique nantaise reliant le Jardin des Plantes de Nantes à la Loire, tout en constituant la clé de voûte de la nouvelle promenade de l’Erdre à la Loire. Celle-ci relie le canal Saint-Félix (projet du quai des Pins en cours) à l’Erdre au niveau du Quai Ceineray, en traversant notamment les cours Saint-Pierre et Saint-André.
L’objectif environnemental principal du projet est de créer un îlot de fraîcheur en plein cœur de Nantes, grâce à la suppression du parking Duchesse Anne et à sa transformation en jardin public.
À la suite d’une analyse fine de l’Indice de Confort Thermique Urbain (ICTU) du quartier, le projet s’est orienté vers une composition paysagère structurée autour d’un boulingrin végétalisé, bordé de massifs plantés en strates. Cette organisation favorise à la fois le rafraîchissement naturel du site et la création d’une atmosphère plus intime vis-à-vis de l’espace public environnant.
La dimension de fraîcheur est renforcée par la récupération des eaux pluviales au sein du boulingrin situé à l’entrée du jardin, ainsi que par la mise en œuvre d’une palette végétale spécifique dite « Erdre », composée d’essences locales présentes le long des cours d’eau nantais. Une fontaine Wallace restaurée, retrouvée dans les entrepôts de la Ville, complète ce dispositif et contribue au confort des usagers.
Au total, vingt arbres ont été plantés et la surface végétalisée est passée de 1 000 m² à 2 900 m². Selon nos modélisations, ces aménagements permettront de réduire la température ressentie d’environ 2 °C lors des épisodes de fortes chaleurs.
Deux autres objectifs majeurs guident le projet : créer un jardin à la fois fédérateur et animé.
Fédérateur, d’abord, car ce jardin a été conçu pour accueillir un large public, aussi bien dans les usages du quotidien que lors de grands événements. Le projet améliore significativement les circulations douces vers le château grâce à un cheminement en pente douce reliant la contrescarpe à la station de tramway. Ce parcours reprend la ligne de désir observée sur le site tout en la qualifiant par un véritable aménagement paysager. La suppression du parking permet naturellement aux piétons de circuler dans le jardin et ne sont plus contraints de se reporter sur le trottoir longeant la rue Henri-IV.
L’espace en plateau situé à proximité de la rue Prémion accueille un verger urbain planté d’essences fruitières — pommiers, pêchers, petits fruits et vignes — proposés en libre cueillette, dans la continuité des jardins comestibles développés par la Ville. De longs bancs filants dessinés sur mesure ont été imaginés afin d’offrir de nombreuses assises, à la fois confortables et intemporelles dans leur écriture. Ils prennent place à des points stratégiques du jardin : autour du plateau fruitier, le long du chemin de la contrescarpe — particulièrement ombragé et ouvert sur la vue du château — ainsi qu’autour de la fontaine Wallace, véritable point de fraîcheur et de rencontre pour attendre le tram. Des fauteuils installés sur de petites placettes pavées viennent également rythmer la promenade et diversifier l’offre de mobilier.
Le jardin constitue enfin un véritable lieu d’animation capable d’accueillir des événements publics d’envergure, tels que le festival Les Heures d’Été. À lui seul, le plateau fruitier forme une scène en belvédère de 415 m² dominant le jardin. Associé au boulingrin, il permet de disposer de plus de 800 m² d’espaces accessibles et appropriables par tous.
Bureau(x) d’études : Verdi Ingénierie – BET VRD, Chroniques Conseil – Historien
Photographe : Phytolab