Le Domaine des Trois toits : les frontières fertiles de la ville

51 rue du champ de pie, 44120 Vertou

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Programme

Cécile et Vincent sont vignerons dans le Muscadet. Sur leur domaine, Les Trois Toits, ils sont engagés dans l’agriculture biologique et l’agroforesterie.

Dès leur installation, ils portent l’ambition de produire un vin de qualité issu d’une vigne saine aux portes est de la métropole nantaise. Leur parcelle se situe à la lisière de la ville de Vertou (44), en contact avec la route de Clisson, le hameau Ville au Blanc et la zone commerciale Pôle Sud Basse-Goulaine.

En 2023, ils acquièrent 12 hectares de vignes en déprise dans un contexte de forte pression urbaine. Tout est alors à imaginer : organisation des rangs de vigne, haies, chemins, adaptation au dérèglement climatique, implantation du chai et intégration dans l’environnement périurbain.

Avec une certaine audace, ils choisissent de se faire accompagner par La Plume et le Sécateur, des paysagistes nantais qui vont mettre leur expertise au service de l’agriculture de demain. À travers cet attelage atypique, les problématiques sont abordées dans leur transversalité, avec l’articulation des échelles comme fil conducteur. Le projet ne cherche pas le beau, mais le juste rapport aux choses.

La viticulture fait face à des mutations profondes : déprise agricole, vieillissement des vignerons, remise en question des pratiques culturales ou intensité des aléas climatiques. Pour y faire face, plusieurs questions se posent. Comment inscrire la vigne dans des milieux naturels plutôt que dans une logique de monoculture ? De quelle manière organiser l’espace agricole au regard des nouvelles pratiques vigneronnes ? Le génie des lieux (Genius Loci) peut-il servir pour la réintroduction des haies ?

En miroir des réflexions menées par les vignerons, des attentes émergent aussi du côté des citoyens et des habitants riverains des espaces agricoles : environnement, santé, qualité du cadre de vie, biodiversité, parcours de promenade et tourisme dessinent les contours d’un idéal de campagne habitée. Du cep de vigne à l’échelle territoriale, le projet articule l’emboîtement des échelles : il vise à concilier les enjeux agricoles et paysagers afin d’organiser la cohésion du territoire.

La collaboration du vigneron et du paysagiste donne naissance à un projet viticole innovant et vivifiant mêlant travail de la vigne, sols vivants, dynamique de l’arbre, bosquets, haies et plus largement celle des écosystèmes. Par cette approche, le projet recompose les paysages façonnés par l’agriculture. Une orientation réussie à l’échelle du domaine Les Trois Toits, puis reprise par la profession, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle image du vignoble du Muscadet.

La méthode, vignerons et paysagistes main dans la main : l’intervention du paysagiste dans un processus agricole apporte une vision transversale de l’occupation du sol et du vivant. Elle évite l’approche cloisonnée en silo. Les échanges avec les vignerons sont rapidement fructueux. Dès le début, trois principes de travail sont actés :

– des workshops réguliers, sous forme d’ateliers collaboratifs, pour rester au plus proche des pratiques culturales et de la connaissance du site par les vignerons

-une démarche itérative permettant d’enrichir progressivement le projet (plan actualisé à 5 reprises à ce jour). Le travail avec le vivant nécessite une approche dynamique du projet.

-la mise en œuvre de chantiers collaboratifs favorisant la transmission des savoirs, savoir-faire et la cohérence des engagements (retours d’expérience, bilans, amendements du projet, ajustements de la méthode)

Concepteurs

  • La Plume et le Sécateur

Commune

  • Vertou

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Domaine Les Trois Toits

Thèmes

  • Aménagement
  • Urbanisme

Année de réalisation

2025

Surface(s)

12 hectares

Coûts

Etude : 18k HTCout des travaux : 250k HT

Documents

À proximité du hameau Ville au Blanc, un domaine viticole s’active pour faire émerger un nouveau modèle agricole, où l’arbre et la vigne coexistent.

Le domaine des Trois Toits s’inscrit à l’interface ville/campagne à Vertou (44). Suite aux travaux de 2024, un paysage atypique s’y déploie. Un saut de quelques années permet de se représenter les lieux. À l’horizon 2030, la vigne est cultivée au sein de clairières arborées. Une trame de haies structure l’espace en « unités de culture » d’environ 50 ares chacune : le « vigneron » est utilisé comme métrique de base pour dimensionner les parcelles. Le paysage renvoie à l’échelle humaine, en lien avec le travail du quotidien : parcourir un rang, accomplir une tâche en une journée, vendanger, mesurer son avancée et trouver une satisfaction concrète dans le geste. Ici la longueur du rang est de 100 mètres, contre plusieurs centaines sur certains domaines ultra mécanisés.

L’eau s’infiltre dans des sols actifs et vivants. Trois mares ont été creusées. L’eau migre lentement vers le bas du coteau, retenue ça et là par la présence de haies et bosquets. Dans les grappes de raisin, les baies sont préservées des aléas climatiques, donnant au vin de beaux équilibres au fil des millésimes.

Au cœur des clairières, les ceps, alignés en rangs, sont conduits avec un couvert végétal permanent. Des semis de seigle, trèfle et féverole protègent les sols de l’érosion. Autour, la végétation spontanée colonise les tournières*, tandis que les haies offrent refuge et ressources à la faune. Chaque portion du domaine est pensée comme un espace de cohabitation avec le vivant. Toutes les strates sont concernées : herbacées, arbustives et arborées.

Dans ses interactions avec le milieu, la vigne bénéficie de services écosystémiques qui renforcent sa résilience face aux aléas : gel, stress hydrique, fortes chaleurs ou ravageurs. La présence d’arbres, par exemple, contribue à limiter les effets du gel. Un équilibre maîtrisé entre ombre et ensoleillement permet de concilier qualité aromatique des vins et diversité végétale.

Le domaine fédère autour de lui un ensemble urbain hybride composé des villages de Vertou, d’une zone commerciale, traversé par des chemins de randonnée et de patrimoine bâti. Il est traversé par des chemins ruraux et ponctué d’éléments remarquables : la chapelle de la Ville au Blanc, d’anciens chemins creux, des vues sur la vallée de la Sèvre et de belles orchidées sauvages. Il forme un paysage à la fois productif, habité et sensible.

Partie prenante d’une nouvelle séquence paysagère, le domaine met en relation les pratiques agricoles, les usages récréatifs et les qualités écologiques du site. Du paysage au vin, le domaine devient l’expression d’un terroir vivant au sein même de la ville. On trouvera des similitudes avec les modèles dits de « négociation » développés par Sébastien Marot, dans son ouvrage, Prendre la clef des champs, (éditions Wildproject).

En matière agricole, l’organisation du domaine offre une grande souplesse d’adaptation. Les unités de culture communiquent entre elles par les tournières*, facilitant les manœuvres. Une orientation homogène des rangs dans la pente laisse ouverte l’évolution des pratiques : tracteur enjambeur, tracteur inter-rang plus léger ou traction animale (cheval). Penser l’agriculture résiliente, c’est tenir compte du défi humain qu’engendrent les changements de pratiques dans leurs temporalités multiples (agraire, entrepreneuriale, financement, outillage, sociétale, etc…)

Depuis 2024, la mise en œuvre des travaux se déploie progressivement, au rythme des saisons viticoles et des financements mobilisés. Le projet s’appuie sur une diversité d’acteurs : les vignerons et leurs équipes, les chantiers animés par l’agence La Plume et le Sécateur (bûcheronnage, réemploi des rémanents pour la constitution de haies de Benjes, piquetage), des entreprises de travaux agricoles (broyeur forestier, empierrement des chemins), ainsi que les services des espaces verts de la Ville de Vertou (réhabilitation de noues).

Comme Vincent le dit lui-même dans le documentaire, « Terre À Part », il conduit désormais le domaine dans une « esthétique de paysage ». Une façon pour lui de prendre de la hauteur vis-à-vis de son action quotidienne dans les parcelles agricoles, et de s’inscrire raisonnablement dans le territoire.

Tournières* : chemins permettant de faire demi-tour en bout de rang.
Terre À Part* documentaire de Clarice Rampillon, disponible sur YouTube et consacré au domaine Trois Toits (https://www.youtube.com/watch?v=wzWhRnnuQ34)


Informations complémentaires :
Subventions la chambre d’agriculture Pays de la Loire

Bureau(x) d’études : La Plume et le Sécateur
Photographe : Benjamin Péneau

Château de la Frémoire

13 Château de la Frémoire, 44120 Vertou

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Programme

Restructuration et réhabilitation des espaces intérieurs du château de la Frémoire et construction d'une rampe d'accès.

Concepteurs

  • THE architectes

Commune

  • Vertou

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Fédération des Vins de Nantes + Le Voyage à Nantes

Thèmes

  • Architecture

Année de réalisation

2024

Surface(s)

290 m²

Coûts

1 000 000 € HT

Documents

Dans le cadre de la restructuration-réhabilitation de cette folie nantaise, incluant la transformation du rez-de-chaussée en ERP accessible aux personnes à mobilité réduite, nous avons privilégié des interventions mesurées, en cohérence avec son identité existante.

Le réaménagement du rez-de-chaussée vise ainsi à renforcer la visibilité de la Fédération des Vins de Nantes en accueillant trois nouveaux espaces : un lieu dédié à la dégustation et à la rencontre, une boutique valorisant les appellations locales et assurant une interface commerciale, ainsi qu’une cuisine professionnelle, le tout dans le cadre d’une réhabilitation discrète et respectueuse, pensée pour mettre en valeur la scénographie imaginée par Quand Même.

La question de l’accessibilité s’est appuyée sur un élément structurant du projet : la symétrie du plan du château. Nous avons choisi de révéler cette géométrie en y inscrivant les rampes d’accès, conçues comme une prolongation naturelle de l’édifice. En reprenant les codes de sa matérialité minérale, elles composent un parvis et semblent s’inscrire dans le site de manière évidente, comme si elles avaient toujours existé.

Enfin, une démarche de conservation et de réemploi a guidé l’ensemble du projet. Sur site, des éléments tels que les parquets, escaliers et menuiseries ont été déposés, conservés puis réutilisés. Certains matériaux et mobiliers ont été réemployés hors site, en étant confiés à des acteurs engagés dans l’économie circulaire.

Ce projet est le fruit d’une collaboration étroite entre la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. La qualité du dialogue instauré tout au long du processus a permis de concrétiser les ambitions portées par le Voyage à Nantes et la Fédération des vins de Nantes et ainsi offrir une formule insolite accessible à tous, entre vins, nature et convivialité. Cette dynamique collective a également favorisé l’intégration harmonieuse du projet scénographique.


Photographe : Juan Cardona, Pauline Théon

Pension de famille Maison Les Bords de Sèvre

8 rue du Camareux, 44120 Vertou

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Programme

Pension de famille de 24 logements T1 et espaces de vie collective. La Maison Les Bords de Sèvres propose un accompagnement individuel, qui doit permettre à chaque personne de retrouver une stabilité et une plus grande autonomie dans les domaines de la santé, de l’accès aux droits et de la vie sociale. L’équipe de la pension de famille favorise également des moments de partage et de convivialité entre les personnes accompagnées, les salariés et les bénévoles de l’établissement. Bâtiment certifiée BEE avec label bio-sourcé niveau 3. Façades ossature bois, isolation paille et bardage en bois brûlé. Production de chaleur par géothermie verticale avec participation financières de l'ADEME.

Concepteurs

  • LE BARON - GAUTIER ARCHITECTES

Commune

  • Vertou

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Fondation Petits Frères des Pauvres

Thèmes

  • Architecture

Année de réalisation

2024

Surface(s)

Surface utile : 734 m² Surface dans œuvre : 946 m² Surface de plancher : 960 m²

Coûts

Coût de construction total : 2 445 606 € HT dont : - Bâtiment : 2 229 359 € HT - VRD : 136 999 € HT - paysage : 18 548 € HT - forages géothermie : 60 700 € HT

Documents

La pension de famille Les Bords de Sèvre trouve sa place dans un environnement d’exception : le Prieuré Saint Pierre, en bord de Sèvre nantaise, à Vertou. Ce lieu est marqué par l’existence d’un patrimoine végétal de grande qualité, qui doit être préservé. La présence de ce parc paysagé, ainsi que d’un mur en moellons qui ceinture l’ensemble du site, apporte beaucoup de qualité au lieu, et constitue une sorte d’écrin pour le projet.
Pour s’intégrer dans ce site exceptionnel, nous avons conçu un bâtiment monolithique dont la forme s’adapte parfaitement aux caractéristiques de la parcelle. Les façades se positionnent en effet parallèlement aux limites du terrain, avec un retrait de cinq mètre par rapport au mur d’enceinte. Le projet s’intègre dans son environnement comme un bloc sculpté, taillé au scalpel pour s’ajuster au mieux à son écrin. On retrouve cette idée de monolithe sculpté jusque dans la toiture du bâtiment, formée d’une couverture à deux pentes ayant un faîtage en diagonale, qui crée des jeux de façades aux égouts inclinés. L’adaptation « sur mesure » du bâtiment au site lui donne un caractère très compact. La forme donnée au projet permet en effet l’optimisation des surfaces de façade et de couverture par rapport à la surface de plancher développée, ce qui est favorable à la performance énergétique et environnementale du bâtiment, ainsi qu’à une rationalisation des coûts de construction.

Le site du prieuré Saint Pierre est marqué par la présence de matières naturelles brutes : mur de pierre, façade en bois de la maison de vacances, présence végétale forte au niveau du parc. Il nous a semblé pertinent, pour la matérialité de la pension de famille, de rester dans une gamme de matières naturelles, afin de respecter l’esprit du lieu et de ne pas dégrader ses qualités esthétiques. Pour cela, nous avons réalisé des façades en bois brûlé. Cette teinte noir charbon, qui conserve cependant une certaine brillance à la lumière, donne un caractère raffiné au bâtiment.

Le travail d’échange, de réflexion et de concertation réalisé avec la fondation Petits Frères des Pauvres nous a amené à proposer un lieu qui recrée en son sein la distinction entre espace public et espace privé, avec une réflexion sur la complémentarité entre les notions d’intimité et de partage.
Le logement est le « chez soi », le lieu du soi. C’est un refuge, un lieu de repli, un espace dont on a la maîtrise. C’est l’espace de l’intime.
Les espaces communs sont les lieux du partage. Ce sont des espaces dans lesquels on accepte de ne pas être seul à décider. Et dans lesquels on est confronté à l’autre. Où, dans un sens, on se met en danger. Mais cette « prise de risque » que constitue la rencontre avec l’autre n’est possible de manière sereine et apaisée que si l’on sait que l’on dispose d’un repli, d’un refuge, d’un chez soi préservé de toute intrusion.
Entre les deux, il y a l’espace public. Les espace de transition entre le chez soi et les espaces partagés. Communément, la rue. Cet espace transitoire porte en lui un intérêt tout particulier. En effet en tant qu’espace d’entre-deux non défini complètement, il autorise les rencontres impromptues, les croisements inattendus. Il est parfois le témoin de petits accros du quotidien qui sont à l’origine de rencontres, d’échanges, et finalement de partage. L’espace public de la rue constitue donc le lieu dans lequel s’amorce la rencontre avec l’autre. C’est la première étape vers le partage.

La Maison des Bords de Sèvres intègre cette réflexion sur la dualité entre les lieux de l’intime et les lieux du partage, mise en tension par cet espace transitoire et catalyseur qu’est la rue, l’espace public.
Son organisation s’articule autour d’une rue intérieure sur les deux niveaux, qui distribue l’ensemble des logements et des espaces partagés. Cette rue intérieure n’est pas un simple couloir de distribution. Sa forme architecturale casse les codes visuels et spatiaux des dégagements classiques, grâce à un fonctionnement autour d’un noyau central qui permet de dilater l’espace et de ménager des micro-centralités, et à l’existence de puits de lumière qui mettent en relation les deux niveaux.
Cette rue intérieure est éclairée naturellement. Elle permet les vues vers le paysage et vers les espaces partagés. Elle offre des recoins où il est possible de s’arrêter pour discuter. Elle est suffisamment large, et évite l’écueil du couloir avec les portes des logements de part et d’autre en vis-à-vis. Elle fonctionne comme un espace public, et permet la valorisation du parcours à son logement. Chaque parcours est différent, et chacun peut identifier facilement son logement au sein de cette rue intérieure.
Les espaces partagés trouvent leur place au milieu de cette rue intérieure, et sont ouverts au sud sur le parc. Ils disposent d’une grande terrasse, et sont largement vitrés afin d’être très lumineux.
Ils sont à proximité directe avec les espaces des salariés et des bénévoles, à l’entrée de la pension.

En concertation avec la maîtrise d’ouvrage, nous avons mis en place une stratégie environnementale ambitieuse, qui touche plusieurs aspects du bâtiment :
– La production de chaleur avec la mise en œuvre d’une PAC sur sondes de géothermie verticales (7 sondes réparties sur le site), qui permet de décarboner le chauffage, et d’atteindre un niveau passif (sans certification).
– Le recours aux matériaux bio-sourcés avec la mise en œuvre de façades à ossature bois, avec une isolation en paille. Cette mise en œuvre permet d’atteindre le label bio-sourcé niveau 3 de la certification BEE.
– Une construction hors site des façades, y compris leur bardage, qui a permis l’optimisation de la durée du chantier, la réduction des déchets et des nuisances.
– Un système porteur qui permet le décloisonnement des logements si nécessaire dans le futur, dans le sens de l’évolutivité de la construction.


Label(s) obtenu(s) : Certification Bâtiment Énergie Environnement (BEE) avec label bio-sourcé niveau 3.
Niveau passif sans certification.

Informations complémentaires :
Concours de maîtrise d’œuvre privé, lauréat en 2020.

Bureau(x) d’études : ECB, SISBA, A-TECH GRAND OUEST, BET LUC MOREAU, BLC MAITRISE D'OEUVRE
Photographe : François Dantart