À proximité du hameau Ville au Blanc, un domaine viticole s’active pour faire émerger un nouveau modèle agricole, où l’arbre et la vigne coexistent.
Le domaine des Trois Toits s’inscrit à l’interface ville/campagne à Vertou (44). Suite aux travaux de 2024, un paysage atypique s’y déploie. Un saut de quelques années permet de se représenter les lieux. À l’horizon 2030, la vigne est cultivée au sein de clairières arborées. Une trame de haies structure l’espace en « unités de culture » d’environ 50 ares chacune : le « vigneron » est utilisé comme métrique de base pour dimensionner les parcelles. Le paysage renvoie à l’échelle humaine, en lien avec le travail du quotidien : parcourir un rang, accomplir une tâche en une journée, vendanger, mesurer son avancée et trouver une satisfaction concrète dans le geste. Ici la longueur du rang est de 100 mètres, contre plusieurs centaines sur certains domaines ultra mécanisés.
L’eau s’infiltre dans des sols actifs et vivants. Trois mares ont été creusées. L’eau migre lentement vers le bas du coteau, retenue ça et là par la présence de haies et bosquets. Dans les grappes de raisin, les baies sont préservées des aléas climatiques, donnant au vin de beaux équilibres au fil des millésimes.
Au cœur des clairières, les ceps, alignés en rangs, sont conduits avec un couvert végétal permanent. Des semis de seigle, trèfle et féverole protègent les sols de l’érosion. Autour, la végétation spontanée colonise les tournières*, tandis que les haies offrent refuge et ressources à la faune. Chaque portion du domaine est pensée comme un espace de cohabitation avec le vivant. Toutes les strates sont concernées : herbacées, arbustives et arborées.
Dans ses interactions avec le milieu, la vigne bénéficie de services écosystémiques qui renforcent sa résilience face aux aléas : gel, stress hydrique, fortes chaleurs ou ravageurs. La présence d’arbres, par exemple, contribue à limiter les effets du gel. Un équilibre maîtrisé entre ombre et ensoleillement permet de concilier qualité aromatique des vins et diversité végétale.
Le domaine fédère autour de lui un ensemble urbain hybride composé des villages de Vertou, d’une zone commerciale, traversé par des chemins de randonnée et de patrimoine bâti. Il est traversé par des chemins ruraux et ponctué d’éléments remarquables : la chapelle de la Ville au Blanc, d’anciens chemins creux, des vues sur la vallée de la Sèvre et de belles orchidées sauvages. Il forme un paysage à la fois productif, habité et sensible.
Partie prenante d’une nouvelle séquence paysagère, le domaine met en relation les pratiques agricoles, les usages récréatifs et les qualités écologiques du site. Du paysage au vin, le domaine devient l’expression d’un terroir vivant au sein même de la ville. On trouvera des similitudes avec les modèles dits de « négociation » développés par Sébastien Marot, dans son ouvrage, Prendre la clef des champs, (éditions Wildproject).
En matière agricole, l’organisation du domaine offre une grande souplesse d’adaptation. Les unités de culture communiquent entre elles par les tournières*, facilitant les manœuvres. Une orientation homogène des rangs dans la pente laisse ouverte l’évolution des pratiques : tracteur enjambeur, tracteur inter-rang plus léger ou traction animale (cheval). Penser l’agriculture résiliente, c’est tenir compte du défi humain qu’engendrent les changements de pratiques dans leurs temporalités multiples (agraire, entrepreneuriale, financement, outillage, sociétale, etc…)
Depuis 2024, la mise en œuvre des travaux se déploie progressivement, au rythme des saisons viticoles et des financements mobilisés. Le projet s’appuie sur une diversité d’acteurs : les vignerons et leurs équipes, les chantiers animés par l’agence La Plume et le Sécateur (bûcheronnage, réemploi des rémanents pour la constitution de haies de Benjes, piquetage), des entreprises de travaux agricoles (broyeur forestier, empierrement des chemins), ainsi que les services des espaces verts de la Ville de Vertou (réhabilitation de noues).
Comme Vincent le dit lui-même dans le documentaire, « Terre À Part », il conduit désormais le domaine dans une « esthétique de paysage ». Une façon pour lui de prendre de la hauteur vis-à-vis de son action quotidienne dans les parcelles agricoles, et de s’inscrire raisonnablement dans le territoire.
Tournières* : chemins permettant de faire demi-tour en bout de rang.
Terre À Part* documentaire de Clarice Rampillon, disponible sur YouTube et consacré au domaine Trois Toits (https://www.youtube.com/watch?v=wzWhRnnuQ34)
Informations complémentaires :
Subventions la chambre d’agriculture Pays de la Loire
Bureau(x) d’études : La Plume et le Sécateur
Photographe : Benjamin Péneau