CONTEXTE
Sur le plateau de la Cravate, à Orvault, le groupe scolaire de la Ferrière s’inscrit dans un quartier dense — crèche, maternelle, collège, gymnase, terrains de sport — avec des vues vers les vallées du Cens et de la Chézine. Héritage de la reconstruction, la cour est presque intégralement minéralisée avec 3 000 m² d’enrobé occupés par un terrain de football et 800 m² de pelouse sur la périphérie : Un îlot de chaleur au cœur du quartier. Sa requalification est l’occasion d’introduire de nouveaux sols vivants, l’eau de pluie, des milieux diversifiés.
1 — UN DIALOGUE DE PROJET AU SERVICE D’UNE AMBITION COMMUNE
La Ville d’Orvault, à travers sa Direction Éducation Enfance Jeunesse, a porté cette transformation avec une exigence claire : faire de la cour un outil pédagogique adossé à l’espace récréatif. Les orientations ont été construites avec les enseignants et les représentants des parents d’élèves, de la phase esquisse à la phase Chantier.
La concertation s’est appuyée sur des dispositifs concrets. Une maquette installée dans l’école a permis aux enfants de suivre l’avancement des études. Dans le cadre de leurs projets pédagogiques, les classes ont décrit le bestiaire de la cour — dessins et textes selon les niveaux — une matière que les sculpteurs du collectif MONsTR ont intégrée à la conception des mobiliers. Un chantier de plantation a associé les élèves à la réalisation. Le chantier de travaux s’est déroulé pendant l’année scolaire, adapté au rythme des classes.
Un an après la livraison, la DEEJ a engagé la cour dans sa démarche d’éducation au développement durable : premières animations d’observation des insectes, étiquetage botanique des massifs en projet, charte d’usage co-rédigée avec les élèves. Une enquête post-chantier pilotée par la DEEJ alimentera un retour d’expériences pour les futurs projets de renaturation de la commune.
2 — UNE ÉCONOMIE DE PROJET ANCRÉE DANS LES RESSOURCES DU SITE
La surface imperméable est passée de 3 000 m² à 1 450 m² : 1 550 m² d’enrobé ont été débitumés, soit −52 % de surface imperméable. Les milieux vivants sont passés de 800 m² à 1 980 m² (× 2,5). Les eaux de pluie des toitures et des surfaces imperméables de la cour (1 900 m²) sont orientées gravitairement vers une noue d’infiltration de 42 m³ — restituant au sol plus de 1 500 m³ par an, sans recours au réseau pour les épisodes courants.
Le système est entièrement à ciel ouvert, dimensionné par le bureau d’études Sit&A dès la phase AVP. Depuis les descentes de toiture, l’eau est guidée vers une rigole traversant la cour, disposée à hauteur d’enfant : les élèves y font des barrages, y font flotter des bateaux de fortune, manipulent l’eau avant qu’elle ne rejoigne la noue (surverse vers le réseau en cas de saturation). Le tracé suit la pente naturelle du terrain, modelée par les terrassements du projet.
Les matériaux de démolition ont été réemployés sur place, avec l’intention de rendre le geste visible et d’anoblir le matériau : les dalles d’enrobé ont été retravaillées en murets de soutènement des massifs, en calepinage de sol, et pour former le lit de la rivière sèche. Les terres ont été revitalisées in situ. Les troncs de chênes arrachés par la tempête Ciarán en 2023 ont été inventoriés et relevés dans les vallées du Cens et de la Chézine par l’atelier campo avant toute conception. Le collectif MONsTR, artisans sculpteurs, les a transformés en mobiliers et jeux sur mesure — à partir du relevé des gisements et du bestiaire imaginé par les enfants.
3 — UNE COUR PENSÉE POUR ÉVOLUER AVEC SES USAGERS
La cour propose des ambiances différenciées : enrobé conservé pour les jeux de ballon, pelouse renforcée, parcours d’équilibre en bois, cabanes, espace de classe dehors sous les arbres, rigole et noue accessibles, massifs plantés par thématiques géographiques (chaque massif est une cohabitation entre végétation locale et la végétation d’un continent), carrés potagers. Les sols varient — copeaux, sable, gravier, végétal — et diversifient les usages à chaque âge.
La composition des massifs a été construite avec les services de la Ville : espèces adaptées aux aléas climatiques, peu exigeantes en entretien. Un an après la livraison, un passage par vacances scolaires suffit. Le carnet de gestion co-rédigé par l’atelier campo et les services municipaux permet aux jardiniers de la Ville de prendre le relais en autonomie.
La cour est référencée dans l’Observatoire des Cours Oasis. L’enquête pilotée par la DEEJ nourrira un guide pour les futurs projets de la commune.
4 — UNE TRANSFORMATION QUI DONNE À VOIR
Les provenances des matières présentes dans la cour sont lisibles : les chênes sculptés viennent des vallées proches, le paillage minéral est l’enrobé d’origine concassé, les murets façonnés en dalles d’enrobé de la cour, la rigole propose l’eau du ciel comme jeu. Le chantier de transformation de la cour a été organisé comme un temps d’apprentissage pour les enfants. Les phases bruyantes — démolition, décaissement — se sont déroulées pendant les vacances scolaires ; les phases à forte valeur technique, en période de classe. Les enfants ont visité le chantier, posé des questions aux compagnons, suivi la transformation de leur cour, et participé activement à la plantation des massifs.
Label(s) obtenu(s) : Référencé Observatoire des Cours Oasis (observatoire-oasis.fr). Démarche EDD portée par la DEEJ d’Orvault.
Informations complémentaires :
Surface imperméable : 3 000 m² → 1 450 m² (−52 % d’enrobé).
Surface en milieux vivants : 800 m² → 1 980 m² (× 250%).
Noue d’infiltration : 42 m³. 39 % de la cour recueille gravitairement les EP.
Réemploi : bitume concassé, terres revitalisées in situ, troncs de chênes (tempête Ciarán) sculptés par le collectif MONsTR. Référencé dans l’Observatoire des Cours Oasis (observatoire-oasis.fr). Démarche EDD active post-livraison (observations d’insectes, étiquetage botanique, charte d’usage co-rédigée avec les élèves).
Bureau(x) d’études : Sit&A — conseil VRD et hydraulique ; Fabien Leduc — concepteur design jeux
Photographe : atelier CAMPO