Aménagement du Jardin du Mail Tharon

17 Rue du Chevecier, 44730 Tharon-Plage — commune de Saint-Michel-Chef-Chef

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Programme

Désaménagement de terrains de tennis en cœur de bourg, conception participative, aménagement d’un jardin public fondé sur le réemploi des matériaux du site et la désimperméabilisation des sols.

Concepteurs

  • Atelier Campo — paysagiste concepteur
  • mandataire

Commune

  • Tharon-Plage — commune de Saint-Michel-Chef-Chef

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Commune de Saint-Michel-Chef-Chef

Thèmes

  • Aménagement

Année de réalisation

2023

Surface(s)

5000 m2 de surfaces aménagées

Coûts

350 000 € HT

Documents

CONTEXTE
La commune de Saint-Michel-Chef-Chef s’étire entre deux entités distinctes : le bourg historique de Saint-Michel, tourné vers ses terres agricoles, et Tharon-Plage, station balnéaire fondée en 1904, face à la côte de Jade. Entre eux, la vallée du Calais, petit fleuve côtier, trace un corridor écologique précieux — une coupure verte qui structure l’identité paysagère de la commune bien au-delà de son rôle hydraulique.
À la charnière de cette coulée verte et du boulevard Ernest Chevrier, artère commerciale de la station, le Mail Tharon occupe une position stratégique : seuil de la trame verte, parvis du marché estival, marqueur de l’entrée de ville depuis la Route Bleue vers le front de mer. « Dès le parvis du Mail, se sentir à Tharon en promenade. » Cette phrase, issue de la concertation de 2021, résume l’attente des habitants : retrouver dans cet espace la qualité de l’arrivée dans une ville balnéaire, la douceur d’un seuil habité.
Ce qui était jadis un square polyvalent — jeux, pétanque, tennis, ombrages — avait progressivement perdu sa vocation. Les courts de tennis, peu fréquentés, avaient laissé place à un terrain vague de 5 000 m² : imperméabilisé à plus de 90 %, clôturé de hauts grillages, entouré d’une haie persistante chronophage. Seuls trois bosquets de pins, enracinés dans un sol sablonneux, affirmaient encore le cachet balnéaire de Tharon et la continuité de la pinède urbaine si caractéristique de la station.
La transformation de ce site est le premier maillon opérationnel du plan guide municipal, co-construit dans le cadre de la démarche Petite Ville de Demain. L’objectif est double : redonner au Mail sa fonction d’espace public de rencontre, et démontrer qu’un aménagement sobre, fondé sur les ressources du site, peut être reproductible à l’échelle de la commune.
1 — UN DIALOGUE INITIAL FONDATEUR DU PROJET
La municipalité de Saint-Michel-Chef-Chef a inscrit la démocratie participative au cœur de sa feuille de route. Dès juin 2021, une visite exploratoire réunissant une vingtaine d’habitants, d’élus et d’usagers a posé les bases du programme. La parole des participants a été unanime : retrouver au Mail la « fonction d’altérité » que cet espace public avait toujours portée entre les deux bourgs.
Six objectifs d’aménagement ont émergé de cette concertation : retrouver la figure du mail sous une forme contemporaine ; préserver les témoins de la clairière sportive (colonnades, club-house) ; accueillir tous les publics sans exception — générations, personnes à mobilité réduite, cyclistes, visiteurs saisonniers, résidents permanents ; créer un refuge ombragé pendant les heures chaudes ; travailler dans le respect des riverains, avec une empreinte carbone modeste ; et dégager, par l’économie du projet, un budget pour la rénovation des trottoirs attenants.
Ce programme n’a pas été soumis à la maîtrise d’œuvre comme une liste de prescriptions. Il a été le point de départ d’un dialogue continu avec les élus, les services techniques et les entreprises. Les arbitrages ont été partagés : choix du paillage minéral sur échantillons validés in situ, conservation du sol d’un court de tennis pour la plaine de jeux, échantillonnage en temps réel des substrats végétaux. Ce mode opératoire — où la décision de chantier est une décision de conception — n’est possible que lorsque la maîtrise d’ouvrage fait confiance au processus autant qu’au résultat.
La commune porte également une vision à long terme cohérente avec les enjeux contemporains : réduction de 50 % de la consommation de foncier (loi ZAN), maîtrise de l’éclairage public, rééquilibrage démographique d’une population vieillissante (17,5 % d’habitants de plus de 65 ans). Le Mail est le premier acte visible de cette ambition.
2 — UNE ÉCONOMIE FONDÉE SUR LES RESSOURCES DU SITE
La commune hérite de son développement des Trente Glorieuses d’un stock considérable de surfaces imperméables et carbonées : voiries surdimensionnées, parkings, équipements sportifs en enrobé et béton. Plutôt que d’exporter ces matières et d’en importer de nouvelles, le projet prend le contra-pied : déconstruire sans exporter, valoriser sans prélever ailleurs.
Quatre principes ont guidé le processus. Premier : déconstruire et valoriser les produits de déconstruction in situ, sans transport ni mise en décharge. Deuxième : désimperméabiliser et revitaliser les sols à partir des matières existantes — graves de carrière, terre végétale en place, broyat de haie, compost. Troisième : rendre visible la transformation des matériaux réemployés, en construire un paysage qui tient et qui dure. Quatrième : démontrer que ce processus est reproductible.
En pratique : les dalles de béton et d’enrobé des courts de tennis sont devenues murets de soutènement, assises, lit de rivière sèche. Un paillage minéral — mélange de béton drainant et d’enrobé criblé — a été défini sur place, par échantillonnage avec les services techniques et l’entreprise, jusqu’à trouver la granulométrie et la tonalité qui conviennent aux herbacées. Le sol d’un ancien court a été conservé pour accueillir la plaine de jeux centrale : ses lignes résiduelles jouent avec la disposition des équipements.
Du côté végétal, les substrats ont été fabriqués à partir des ressources du site, préservant ainsi les terres agricoles environnantes. Les massifs associent espèces locales du milieu rétro-littoral et variétés plus exotiques, en strates élaborées qui limitent l’évapotranspiration. Résultat : 77 % du site est désimperméabilisé. Quatre camions seulement ont quitté le chantier — pour les fondations des poteaux métalliques du grillage d’enceinte.
L’économie dégagée sur les coûts de préparation, de terrassement et de fournitures a été réinvestie dans les équipements de loisirs — directement issus des souhaits de la concertation.
3 — UN JARDIN QUI MULTIPLIE LES USAGES
L’axe historique du mail est libéré et cadré par les bosquets arborés rénovés. La figure du mail — effacée par des décennies d’équipements sportifs — est retrouvée sous une forme contemporaine, traversante et ouverte. Le jardin est organisé autour d’une succession d’ambiances : le terrain d’aventure, la plaine de jeux centrale, les milieux plantés, les assises.
La balançoire-nid permet aux enfants de « prendre de la hauteur et de voir plus loin que les adultes, en direction de la vallée du Calais ». La tyrolienne, plébiscitée lors de la concertation, est l’activité phare pour les grands enfants. L’allée en béton lisse — seul ouvrage neuf du jardin — sinue entre les équipements et assure l’accessibilité PMR de l’ensemble du site. Elle relie progressivement les différents lieux, prolongeant l’expérience de la déambulation dans un jardin de dimension modeste.
La pergola et ses écureuils métalliques ont été réalisés par l’artiste Sarah Renaud, forgeronne, en résidence de juin 2023, logée par la commune dans le gîte municipal. L’intervention de l’artiste et de son équipe a animé le chantier, invitant les habitants à suivre la transformation en cours — moment d’art public en acte qui a renforcé l’appropriation du jardin.
Le jardin fonctionne à l’année comme en été : refuge ombragé pour les plagistes, square de quartier pour les résidents permanents, étape pour les cyclistes de la Route Bleue, espace de rencontre lors du marché estival. Cette polyvalence n’est pas un pis-aller : elle est le cœur du programme. Et parce que le processus de réemploi est désormais documenté, la démarche peut être répliquée pour l’ensemble des espaces publics de Tharon.
4 — FAIRE AVEC LE DÉJÀ-LÀ POUR REVELER LE SITE
La « re-molition » — terme des urbanistes Simone et Lucien Kroll pour désigner la transformation douce du tissu existant — est ici pleinement revendiquée comme posture de projet. Les matières du jardin sont lisibles dans leur provenance : les murets sont faits des dalles du site ; le paillage minéral est l’enrobé d’origine concassé ; les assises et soutènements témoignent de la vie antérieure du lieu. Rendre visible la transformation des matériaux réemployés, c’est aussi mettre en valeur l’agilité des compagnons qui les ont travaillés.
La conception a été itérative et dynamique : allers-retours permanents entre inventaire des matériaux disponibles, prototypes à l’échelle du site, et arbitrages partagés avec la maîtrise d’ouvrage et les entreprises. Cette approche a permis d’intégrer la part d’incertitude inhérente au réemploi — variation des gisements, adaptation des substrats — sans jamais perdre ni le cap ni le délai. Concertation, conception et réalisation du jardin ont duré moins de deux ans.
La topographie est marquée par ces murets formant soutènement et assises. À partir d’un matériau peu noble — de l’enrobé cassé —, le projet construit une micro-topographie expressive, qui donne de l’épaisseur à un site autrefois plan et imperméable. Les pins restants, les colonnades du club-house, les lignes résiduelles des courts : chaque « déjà-là » est convoqué, réinterrogé, mis en dialogue avec les nouveaux usages.
Si le jardin encore jeune peut paraître trop minéral, la désimperméabilisation de 77 % du site est une réussite durable pour la santé des sols et pour le rôle de pas japonais du Mail dans la trame verte et bleue de la commune. Ce faible niveau d’investissement n’a pas permis de produire des indicateurs rigoureux sur les bénéfices environnementaux — mais il a démontré qu’une démarche exigeante, sobre et transmissible est possible, même avec des moyens très contraints.


Label(s) obtenu(s) : Démarche Petite Ville de Demain (PVD) — Commune de Saint-Michel-Chef-Chef

Informations complémentaires :
Désimperméabilisation de 77 % du site (3 850 m² restitués au sol vivant). Réemploi intégral in situ : dalles de béton et enrobés issus des courts de tennis transformés en murets de soutènement, assises et paillage minéral. Seuls 4 camions ont quitté le site (fondations des poteaux). Pergola et sculptures métalliques réalisées par l’artiste Sarah Renaud (résidence juin 2023). Tyrolienne, balançoire-nid, allée PMR. Premier maillon opérationnel du plan guide Petite Ville de Demain (PVD) de la commune. Opération livrée en moins de 2 ans (concertation, conception, réalisation).

Bureau(x) d’études : /
Photographe : atelier CAMPO

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