La pension de famille Les Bords de Sèvre trouve sa place dans un environnement d’exception : le Prieuré Saint Pierre, en bord de Sèvre nantaise, à Vertou. Ce lieu est marqué par l’existence d’un patrimoine végétal de grande qualité, qui doit être préservé. La présence de ce parc paysagé, ainsi que d’un mur en moellons qui ceinture l’ensemble du site, apporte beaucoup de qualité au lieu, et constitue une sorte d’écrin pour le projet.
Pour s’intégrer dans ce site exceptionnel, nous avons conçu un bâtiment monolithique dont la forme s’adapte parfaitement aux caractéristiques de la parcelle. Les façades se positionnent en effet parallèlement aux limites du terrain, avec un retrait de cinq mètre par rapport au mur d’enceinte. Le projet s’intègre dans son environnement comme un bloc sculpté, taillé au scalpel pour s’ajuster au mieux à son écrin. On retrouve cette idée de monolithe sculpté jusque dans la toiture du bâtiment, formée d’une couverture à deux pentes ayant un faîtage en diagonale, qui crée des jeux de façades aux égouts inclinés. L’adaptation « sur mesure » du bâtiment au site lui donne un caractère très compact. La forme donnée au projet permet en effet l’optimisation des surfaces de façade et de couverture par rapport à la surface de plancher développée, ce qui est favorable à la performance énergétique et environnementale du bâtiment, ainsi qu’à une rationalisation des coûts de construction.
Le site du prieuré Saint Pierre est marqué par la présence de matières naturelles brutes : mur de pierre, façade en bois de la maison de vacances, présence végétale forte au niveau du parc. Il nous a semblé pertinent, pour la matérialité de la pension de famille, de rester dans une gamme de matières naturelles, afin de respecter l’esprit du lieu et de ne pas dégrader ses qualités esthétiques. Pour cela, nous avons réalisé des façades en bois brûlé. Cette teinte noir charbon, qui conserve cependant une certaine brillance à la lumière, donne un caractère raffiné au bâtiment.
Le travail d’échange, de réflexion et de concertation réalisé avec la fondation Petits Frères des Pauvres nous a amené à proposer un lieu qui recrée en son sein la distinction entre espace public et espace privé, avec une réflexion sur la complémentarité entre les notions d’intimité et de partage.
Le logement est le « chez soi », le lieu du soi. C’est un refuge, un lieu de repli, un espace dont on a la maîtrise. C’est l’espace de l’intime.
Les espaces communs sont les lieux du partage. Ce sont des espaces dans lesquels on accepte de ne pas être seul à décider. Et dans lesquels on est confronté à l’autre. Où, dans un sens, on se met en danger. Mais cette « prise de risque » que constitue la rencontre avec l’autre n’est possible de manière sereine et apaisée que si l’on sait que l’on dispose d’un repli, d’un refuge, d’un chez soi préservé de toute intrusion.
Entre les deux, il y a l’espace public. Les espace de transition entre le chez soi et les espaces partagés. Communément, la rue. Cet espace transitoire porte en lui un intérêt tout particulier. En effet en tant qu’espace d’entre-deux non défini complètement, il autorise les rencontres impromptues, les croisements inattendus. Il est parfois le témoin de petits accros du quotidien qui sont à l’origine de rencontres, d’échanges, et finalement de partage. L’espace public de la rue constitue donc le lieu dans lequel s’amorce la rencontre avec l’autre. C’est la première étape vers le partage.
La Maison des Bords de Sèvres intègre cette réflexion sur la dualité entre les lieux de l’intime et les lieux du partage, mise en tension par cet espace transitoire et catalyseur qu’est la rue, l’espace public.
Son organisation s’articule autour d’une rue intérieure sur les deux niveaux, qui distribue l’ensemble des logements et des espaces partagés. Cette rue intérieure n’est pas un simple couloir de distribution. Sa forme architecturale casse les codes visuels et spatiaux des dégagements classiques, grâce à un fonctionnement autour d’un noyau central qui permet de dilater l’espace et de ménager des micro-centralités, et à l’existence de puits de lumière qui mettent en relation les deux niveaux.
Cette rue intérieure est éclairée naturellement. Elle permet les vues vers le paysage et vers les espaces partagés. Elle offre des recoins où il est possible de s’arrêter pour discuter. Elle est suffisamment large, et évite l’écueil du couloir avec les portes des logements de part et d’autre en vis-à-vis. Elle fonctionne comme un espace public, et permet la valorisation du parcours à son logement. Chaque parcours est différent, et chacun peut identifier facilement son logement au sein de cette rue intérieure.
Les espaces partagés trouvent leur place au milieu de cette rue intérieure, et sont ouverts au sud sur le parc. Ils disposent d’une grande terrasse, et sont largement vitrés afin d’être très lumineux.
Ils sont à proximité directe avec les espaces des salariés et des bénévoles, à l’entrée de la pension.
En concertation avec la maîtrise d’ouvrage, nous avons mis en place une stratégie environnementale ambitieuse, qui touche plusieurs aspects du bâtiment :
– La production de chaleur avec la mise en œuvre d’une PAC sur sondes de géothermie verticales (7 sondes réparties sur le site), qui permet de décarboner le chauffage, et d’atteindre un niveau passif (sans certification).
– Le recours aux matériaux bio-sourcés avec la mise en œuvre de façades à ossature bois, avec une isolation en paille. Cette mise en œuvre permet d’atteindre le label bio-sourcé niveau 3 de la certification BEE.
– Une construction hors site des façades, y compris leur bardage, qui a permis l’optimisation de la durée du chantier, la réduction des déchets et des nuisances.
– Un système porteur qui permet le décloisonnement des logements si nécessaire dans le futur, dans le sens de l’évolutivité de la construction.
Label(s) obtenu(s) : Certification Bâtiment Énergie Environnement (BEE) avec label bio-sourcé niveau 3.
Niveau passif sans certification.
Informations complémentaires :
Concours de maîtrise d’œuvre privé, lauréat en 2020.
Bureau(x) d’études : ECB, SISBA, A-TECH GRAND OUEST, BET LUC MOREAU, BLC MAITRISE D'OEUVRE
Photographe : François Dantart