Relier les impasses – Maisons et espace de travail partagé à Nantes

Impasse Audran, 44000 Nantes

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Programme

Construction d'une agence d'architecture, d'un espace de travail partagé et de trois maisons créant une liaison entre les impasses Audran et Vignolle à Nantes

Concepteurs

  • BIGRE ! Architecture- architectes

Commune

  • Nantes

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • BOUGRES et maîtrise d'ouvrage privée

Thèmes

  • Architecture

Année de réalisation

2023

Surface(s)

Surface aménagée Agence 172 m2 + Auvent 16 m2 + Terrasse 30 m2 Surfaces Maison A (T3 / 2 chambres) 86 m2 + Terrasse 15 m2 Surface Maison B (T4 / 3 chambres) 96 m2 + Terrasse 17 m2 Surfaces Maison C (T3 / 2 chambres) 76 m2 + Terrasse 15 m2

Coûts

Montant Agence / 308 000 € HT / marchés 2019 Montants Maisons / 690 000 € HT / marchés 2019

Documents

A Nantes, à proximité de la Cathédrale, les impasses Audran et Vignolle sont de ces impasses insoupçonnées qu’abrite le tissus urbain de ce quartier à l’arrière du bel ordonnancement des cours Saint-Pierre et Saint-André. Relier ces impasses, comme le demande le Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur de la Ville de Nantes, c’est risquer de rompre l’équilibre fragile entre espace public et espace intime offert à des logements souvent accessibles directement depuis les cours mais c’est l’ouvrir à la promenade pour les habitants du quartier comme les promeneurs curieux.

Si l’espace est public autant qu’il est intime, c’est parce que la ville compose ici une rupture d’échelle et de temps propice à la sociabilité autant qu’à la convivialité. C’est avec ces intuitions que nous devons bâtir un programme et imaginer de nouveaux lieux de vie et de travail. Ils seront accessibles à vélo plutôt qu’en voiture en libérant les impasses d’un vaste hangar.

Son usage étant passé d’atelier de plomberie – pour les derniers artisans mais une ancienne cheminée en briques révèlent sans doute une ancienne forge ou bien d’autres activités – à espace de stationnement pour les voitures des riverains. Ce dernier usage ayant un peu entaché la poésie d’un lieu que plusieurs projets de rénovation d’habitants et d’autres architectes essaient pourtant de tenir et révéler.

La cour, telle que nous la découvrons, est ceinturée de plusieurs habitations individuelles basses, avec aménagement de terrasses et jardinières. La cour comprend de nombreuses bordures plantées d’arbustes accompagnant des plantes grimpantes. La parcelle est presque intégralement couverte par une série de hangars bardés de bois et de tôles ondulées. L’ensemble est en mauvais état. Les hangars coupent toute liaison entre l’impasse Audran et l’impasse Vignolle.

Avec un autre maître d’ouvrage souhaitant créer des logements en centre ville de Nantes, nous imaginons ce programme pour répondre à la demande de la Ville de régénérer ces impasses. S’ouvre alors un dialogue avec l’urbaniste en charge du PSMV, l’architecte des Bâtiments de France et le service urbanisme de la Métropôle.

Le programme, le voici : pour nous, la nouvelle agence est un lieu de travail partagé, lumineux avec une terrasse pour voir le ciel et le paysage environnant ; pour les voisins, trois maisons s’articulant autour de courettes, terrasses et plantations, complétant ce tissu dense d’intérieur d’îlot ; pour l’architecte des bâtiments de France, profiter de l’opération pour révéler et mettre en valeur les arches d’anciennes écuries déjà transformées en habitations.

Depuis l’impasse Audran, le projet prévoit la construction de notre agence reconstituant une façade au fond de l’impasse Audran tout en libérant un passage piéton via un porche entre les impasses Vignolle et Audran. Les constructions basses et implantées de manière relativement denses, sont séparées par de petits espaces plantés ou minéraux dans l’esprit des courettes visibles depuis l’impasse Vignolle. L’implantation des maisons permet de libérer la vue sur la façade ordonnancée de la limite Est et de couvrir le pignon aveugle de la cour.

L’agence reprend les héberges d’une construction plus ancienne en venant s’adosser sur le pignon et la façade aveugle de l’immeuble adjacent. Maisons et agence sont couvertes en ardoises naturelles : simple pente pour l’agence et deux maisons adossées aux mitoyens et double pente avec faîtage à lignolets pour la maison centrale. Les terrasses sont accessibles et traitées en bois naturel. Les trois maisons sont bardées en lames de bois naturel verticales, tandis que le bardage de l’agence est réalisé en bois brûlé selon le procédé nippon du Shou sugi ban. De petits volumes annexes, espaces servants des maisons, sont également bardées de lames de bois noires. Le brûlage du bois de bardage a été l’occasion de plusieurs journées de formation et d’autoconstruction ainsi que d’une démonstration offerte aux habitants de l’impasse Vignolle suivi d’un moment festif.

Notre projet, très intégré dans son contexte, est aussi l’occasion de recueillir les eaux pluviales pour alimenter les sanitaires, de limiter l’imperméabilisation des sols et de maintenir la végétation, d’en offrir de nouvelle, comme l’amélanchier planté avec les voisins lors d’un moment partagé, de préserver la faune en intégrant nids et nichoirs dans le bardage pour les mésanges bleues du quartier.

Afin de limiter les besoins énergétiques, les différents bâtiments qui dessinent le projet sont composés d’une enveloppe performante et compacte en matériaux biosourcés, recyclables, limitant l’empreinte carbone et la toxicité des matériaux, de vitrages performants diminuant les déperditions et favorisant les apports solaires passifs, aussi limités par des stores extérieurs, lorsque cela est nécessaire.

Limitant l’emploi du béton au stricte minimum, les superstructures comme les aménagements intérieurs du projet sont principalement conçues en bois. Les bois sont d’essences locales et ne nécessitent pas de traitement. L’agencement est réalisé en contreplaqué de bouleau ou de pin alliant qualités esthétique et mécanique. Intégrée à l’intérieur des murs à ossature bois, l’isolation est composée d’un mélange coton, lin et chanvre. Les sols sont en caoutchouc naturel et les peintures sont fabriquées à base d’algues. Intégralement blancs, les espaces des maisons et de l’agence ne sont jamais de la même couleur graçe aux variations de lumière que nous offrent les multiples orientations des ouvertures.

Chaque maison dispose d’un grand espace de vie en rez-de-cours perméable dedans/dehors réunissant séjour et cuisine autour d’un ilôt menuisé et d’un poële à pellets. Chacun de ces espaces à vivre dispose d’un cellier attenant formant rangement et buanderie et d’un local extérieur pour entreposer vélos et poussettes. A l’étage, des circulations éclairées naturellement, aménageables pour lire ou travailler, desservent terrasses, chambres et pièces d’eau.

L’agence se développe sur trois niveaux à partir du quai reconstitué et pavé de l’ancien hangar. De part et d’autre du porche prennent place un atelier et un local archive en regard de l’entrée ouverte sur un espace de réunion. Une estrade en bois complété d’un rideau délimitant l’espace de réunion se prolonge par un escalier invitant à rejoindre l’étage, composé d’espaces traversants. Au centre un petit salon accueille un poële à pellets, unique source de chauffage de l’agence, et distribue deux espaces de travail partagé de six places chacun. Séparé du salon par une paroi vitrée, un espace de rangement et de repro dispose d’un escalier rejoignant le dernier plateau. Celui-ci accueille une cuisine, servant aussi de grande salle de réunion, un poste de travail ponctuel et dissimule un espace où dormir. Une pièce d’eau servant de vestiaires aux plus sportifs d’entre nous est accessible depuis ce plateau. Cet étage se poursuit par une grande terrasse dont le garde corps épais intègre un bac à compost, une jardinière pour les plantes aromatiques et des coffres de rangement. Cette terrasse est propice aux pauses ensoleillées avec vue sur un grand cèdre et le clocher de l’église Saint-Clément toute proche.


Photographe : Gwenaëlle Hoyet

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