Depuis 2019, nous, Atelier d’architecture RAMDAM et PALAST recherchons, explorons, échangeons, débattons, convainquons, dessinons, ajustons, rêvons de la construction d’un ensemble immobilier de 81 logements aux façades de béton de chanvre. Après plus de quatre ans d’études et deux ans et demi de chantier nous sommes fiers de voir ce projet devenir réalité. D’abord dans les ateliers de Wallup Prefa où 450 modules chanvre ont été préfabriqués. Ensuite à la Caserne Mellinet de Nantes où ils ont été assemblés à la structure bois par les charpentiers d’ACDF puis enduits à la chaux.
Aujourd’hui, les habitants s’approprient les logements et demain les commerces vont s’installer. Dans quelques mois, nous l’espérons, il restera de notre aventure un immeuble vivant, intégré à son quartier, symbole qu’il est possible déconstruire avec des matériaux plus vertueux.
QUALITÉ INTÉGRATION DANS UN CONTEXTE EXISTANT
La parcelle du projet se situe à l’entrée de l’ancienne Caserne Mellinet depuis la Place du 51ème Régiment d’Artillerie.Ce nouveau quartier est divisé en six « hameaux » par les urbanistes. Notre projet constitue la dernière pièce du hameau Chapus qui assure la transition entre le faubourg Saint-Donatien et le cœur de la caserne et ses bâtiments cossus. Il en forme le front bâti, le long du grand mail piéton. Cette situation lui permet de s’inscrire véritablement dans un dialogue avec le « déjà-là » formé par les nouveaux logements, le patrimoine bâti et les arbres remarquables du mail. Le travail sur les variations volumétriques des constructions contribue à l’animation des espaces publics et à la transition subtile entre les maisons de la ville ancienne et le cœur du nouveau quartier plus monumental. Il génère sur la promenade et au sein de la parcelle une variation de l’intensité lumineuse et des ombres portées, permettant d’éviter un effet de masse. Les découpages judicieux participent à la silhouette urbaine du projet et à l’identification des logements. Ceux-ci bénéficient de vues dégagées profitant des axes paysagers et des interstices entre les bâtiments environnants. Les porches d’accès aux immeubles constituent de véritables fenêtres vers le cœur d’ilot partagé avec les immeubles voisins.
CONSTRUIRE AUTREMENT, PENSER (et dessiner) DIFFÉREMMENT
La transformation de l’ancienne caserne Mellinet, située au cœur de la ville de Nantes, représente une opportunité formidable de répondre aux enjeux de la ville contemporaine.Le projet s’inscrit dans une ambition constructive forte, en proposant une structure bois et des façades minérales en béton de chanvre enduites en cohérence avec la volonté des urbanistes de prolonger l’identité du faubourg Saint-Donatien dans le nouveau quartier. Par son écriture architecturale, le projet tend à donner à lire ce mode constructif novateur et vertueux, entre minéralité et légèreté.L’ordonnancement des niveaux bas et des niveaux hauts et l’échelle des volumes renvoient à l’architecture des bâtiments de casernement conservés. La domesticité du projet se retrouve dans l’échelle de la fenêtre, de sa proportion et de sa modénature.
Le rythme de la façade répond à la disposition des logements, et permet de séquencer les volumes, grâce à l’alternance de grandes baies et de trumeaux en béton de chanvre aux arrêtes adoucies. Ces trumeaux courbes donnent à voir la plasticité du béton de chanvre et mettent en valeur la qualité et l’intérêt d’un enduit à la chaux.L’architecture douce et subtile présente une vibration légère soulignée par les ombres portées.Ici, la réappropriation de l’une des premières plantes cultivé par l’homme permet de questionner notre manière de construire des immeubles de logements.
LE BÉTON DE CHANVRE – PROTOTYPES
Plante historique et abondante en Pays de la Loire, le chanvre est une ressource végétale renouvelable annuellement utilisée pour l’assolement. Elle a un cycle de croissance rapide et consomme très peu d’eau.
Au regard des forts enjeux économiques liés à la commercialisation de logements et compte tenu de l’échelle du projet, la question de la préfabrication hors site est abordée dès le concours. Le projet propose une manière relativement singulière de construire à partir de matériaux biosourcés, avec l’ambition plus globale de démontrer la réplicabilité du processus et l’efficience des installations techniques. Pour cela une série de prototypes a été testée,d’abord en maquette à l’agence d’architecture, puis en modélisation informatique en vue de la réalisation échelle 1 par un artisan du chanvre au stade du permis de construire, enfin, sur le chantier pendant la phase de préparation du chantier.Des évolutions de la réglementation sont ratifiées pendant l’élaboration de ce démonstrateur témoignant du caractère novateur de cette démarche. (Règles professionnelles de la construction chanvre 2024)
LE BÉTON DE CHANVRE – MISE EN ŒUVRE
Aggloméra de paille de chanvre (la chènevotte), de chaux et d’eau, le béton de chanvre est habituellement projeté ou banché sur site. L’échelle du projet nous a conduit à préconiser la fabrication des panneaux en chanvre dans les ateliers du charpentier. La dépendance au climat est ainsi limitée, le temps de séchage maitrisé. La dimension des trumeaux est optimisée.Stockés debout, ils sont faciles à transporter et à mettre en œuvre. Une fois installés, ils apporteront des qualités d’inertie et aideront à la régulation de l’hygrométrie du bâtiment.
STRUCTURE
L’infrastructure, le rez-de-chaussée et les noyaux de distribution verticaux (escaliers/ascenseurs) sont réalisés en béton. Le reste des immeubles est construit en structure poteau/poutre/planchers/charpente bois. Si le bois est très peu apparent au sein des logements en raison des réglementations en vigueur pour des immeubles de cette envergure, les discussions avec le bureau de contrôle ont tout de même permis de garder une partie des poteaux apparents, et de réaliser les espaces extérieurs privatifs en bardage.
RÉEMPLOI
Parmi les engagements du Maitre d’Ouvrage à l’aménageur, la promesse de pourvoir 26 des 81 logements de parquet de réemploi dans les pièces sèches. Issus de chantiers de déconstruction ou de réhabilitation en Pays de la Loire, la quête de gisements a parfois été délicate. La mise en œuvre le fut tout autant que la disparité de ces ressources. En résulte une expérience enrichissante et de très beaux logements.
UNE EXIGENCE CONJOINTE AVEC LA MAITRISE D’OUVRAGE
Si la relation avec les opérateurs de la promotion immobilière est parfois délicate, pour ne pas dire tendue, nous nous devons tout de même de saluer l’engagement de notre Maitre d’Ouvrage à réaliser un tel projet. Les moyens humains mis en place jusqu’à la livraison du projet et la confiance finalement accordée pendant toute la phase de chantier ne sont pas très courant.
Dès les prémices, nous, architectes des ateliers RAMDAM et PALAST avions décelé que l’ambition du projet était telle que nous ne pouvions que faire corps pour pouvoir la porter. C’est ainsi que nous avons pris la décision de ne faire qu’un ensemble à l’écriture architecturale unique. Cette posture nous a permis de faire front derrière le projet et devant notre Maitre d’Ouvrage, même aux heures les plus dures des études et de l’appel d’offres.
Label(s) obtenu(s) : Le projet atteint un niveau d’intégration des matériaux biosourcés 3 fois supérieur au niveau 3 du label : 104kg/m2 deSDP
Informations complémentaires :
Mission complète + OPC
Concours restreint Promoteur-Architectes
Bureau(x) d’études : CAN-ia (BE spécialiste du chanvre), Synergie Bois(BE structure), SoLAB (BE environnement), Rousseau (Economiste), Fondasol (Géotechnicien), Lalu (Paysagiste), Cycle-up (AMO réemploi), Quatuor (MOX et OPC)
Photographe : Charles Bouchaïb, Javier Callejas