Création du Jardin Fréour

Place du Mûrier, 44740 Batz-sur-Mer

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Programme

Aménagement d'un jardin public sur une ancienne parcelle bâtie habitée par l'artiste-sculpteur Jean Fréour et sa femme Soizic acquise par la Commune. En secteur AVAP. Parcelle partiellement bâtie et Espace Boisés Classé.

Concepteurs

  • Map [paysagistes]

Commune

  • Batz-sur-Mer

Maître(s) d'ouvrage(s)

  • Commune de Batz-sur-Mer

Thèmes

  • Urbanisme

Année de réalisation

2025

Surface(s)

2347 m²

Coûts

696 900 euros H.T

Documents

Le Jardin Fréour à Batz-sur-Mer est un lieu de mémoire, de paysage et de création. Ancienne propriété privée du sculpteur Jean Fréour et de son épouse Soizik, cette parcelle longtemps demeurée fermée et en retrait du regard public va connaître une nouvelle vie grâce à son acquisition par la commune. Elle s’inscrit dans une ambition plus large de renforcement des continuités paysagères du centre-bourg, en lien avec la Place du Mûrier et la continuité des parcs du Petit Bois et de Ker d’Abbas, participant ainsi à la constitution d’une véritable trame verte reliant le cœur historique au littoral et aux marais salants.
Le projet conçu par MAP [PAYSAGISTES] s’inscrit dans une démarche attentive à la mémoire du lieu autant qu’aux enjeux contemporains liés au climat, à la biodiversité, à l’accessibilité et aux usages. Le jardin existant, progressivement enfriché au fil du temps, présentait déjà les caractéristiques d’un écosystème spontané remarquable : grands chênes verts centenaires, robiniers, cyprès de Lambert, sous-bois humifère et végétation libre composaient un véritable îlot de fraîcheur au sein du tissu dense et imperméable du bourg.
L’ambition du projet n’est pas de transformer radicalement ce paysage, mais d’en révéler les qualités latentes en accompagnant les dynamiques naturelles déjà présentes. La méthodologie de travail repose sur une lecture fine du site, de sa micro-topographie, de ses sensibilités de voisinage, de ses continuités végétales et de ses usages potentiels. S’inscrivant dans l’Aire de Mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine de Batz-sur-Mer, le projet a fait l’objet d’un Permis d’Aménager permettant d’articuler à l’échelle de la parcelle les enjeux paysagers, techniques et réglementaires, tout en garantissant une exigence forte de qualité d’intervention et de respect du contexte bâti et paysager. Il a été conduit dans une démarche de co-construction avec les élus, les services techniques de la Commune, de Cap Atlantique et de l’Architecte des Bâtiments de France, assurant un dialogue continu entre projet paysager et exigences patrimoniales. Cette approche a permis de privilégier la conservation, l’accompagnement et la révélation des éléments existants : murs anciens, structures végétales remarquables et traces du jardin initial, tout en imaginant un nouvel espace de nature au caractère paysager affirmé.
Malgré une surface modeste de 2 345 m², le dessin du jardin s’organise autour d’une succession de séquences paysagères qui accompagnent la forte déclivité du site et permettent de proposer une promenade accessible à tous. Terrasse haute minérale, jardins de seuil, vallon ombragé, clairières ouvertes, buttes plantées et jardin humide composent un parcours sensible et immersif, révélant la diversité des milieux. Cette composition permet de transformer une contrainte topographique en qualité d’expérience, en offrant une lecture progressive du site et une découverte d’extraits de paysages puisque l’aspect botanique et les choix de palettes végétales y ont particulièrement été travaillés.
Les interventions restent volontairement sobres afin de préserver l’atmosphère intime du site et de respecter les espaces boisés classés. Les cheminements accessibles aux personnes à mobilité réduite sont intégrés au relief existant grâce à un système de terrasses soutenues par de faibles murets de granit, limitant les terrassements et préservant les sols vivants à proximité des arbres existants. Les cheminements organisent une circulation douce entre les différentes terrasses du site et offrent des points de vue variés sur les paysages bâtis et végétaux environnants. Le travail sur les seuils, les changements de niveaux et les passages resserrés structure une expérience progressive du lieu, où chaque séquence compose une ambiance spécifique.
Le granit, matériau identitaire de Batz-sur-Mer, structure les sols, escaliers et soutènements. Son calepinage irrégulier s’inspire des cours anciennes du bourg, tandis que les joints engazonnés favorisent l’infiltration de l’eau et accompagnent la transformation lente des surfaces minérales. Dans les espaces plus naturels, les allées sont réalisées en arène granitique compactée, perméable et sans liant chimique, tandis que les plateformes et mobiliers utilisent le robinier, bois européen naturellement durable. Une attention particulière est portée au réemploi des matériaux issus du site, blocs de pierre trouvés sur site, ancien puits rénové, et certains troncs d’abattages sanitaires qui ont été transformés en assises naturelles.
La gestion de l’eau constitue un principe structurant du projet. Le projet révèle le cheminement naturel des eaux pluviales à travers le jardin : caniveaux de pierre, petit vallon et mare temporaire permettent de recueillir, ralentir et infiltrer les eaux provenant des toitures existantes, dont les gouttières ont été déconnectées du réseau. Cette gestion alternative renforce la fertilité des sols, limite les ruissellements et contribue à créer des ambiances fraîches en période estivale, tout en rendant lisible le cycle de l’eau dans le paysage.
Le projet a prévu également le renforcement progressif de la strate arborée par la plantation de nouveaux arbres, venant diversifier les essences et compléter la canopée existante. Cette évolution accompagne à long terme l’amélioration du confort climatique du centre-bourg et le renforcement des continuités écologiques à l’échelle communale.
Le jardin est conçu comme un espace du quotidien autant qu’un lieu de contemplation. Il accueille des usages simples — traverser, s’asseoir, se rencontrer — dans un cadre ombragé et apaisé mais peut aussi recevoir à l’occasion grâce à ses gradines et une grande terrasse en bois de robinier des petits évènements festifs et culturels que la commune souhaitait mettre en place.
Le bâti existant est envisagé comme un support de programmation culturelle évolutive. La villa pourrait accueillir après rénovation des résidences d’artistes, les dépendances seraient transformées en espaces d’exposition et d’ateliers, et l’ancienne buanderie deviendrait un lieu de petite restauration contribuant à l’animation du site.
Cette programmation affirme le Jardin Fréour comme un lieu hybride entre paysage et création, où l’activité artistique prolonge l’histoire du lieu et s’inscrit dans la vie quotidienne du bourg. Le site devient ainsi un espace habité, où se croisent pratiques culturelles, usages publics et mémoire du lieu. Une dimension artistique pérenne vient renforcer cette identité : une sculpture en granit représentant le couple Jean Fréour et Soizik Fréour a été réalisée par le tailleur de pierre Aymeric Louvet. Intégrée aux petits murs de terrasses du jardin, cette œuvre agit comme un point d’ancrage symbolique et sensible du site, à deux pas de l’ancien atelier de Jean Fréour. Elle prolonge le lien fondamental entre la figure humaine, la matière minérale et le paysage, tout en inscrivant une mémoire intime au cœur du parcours : Jean sculptait Soizic qui elle créait son jardin sauvage.
En phase transitoire, des panneaux de sécurisation des bâtiments ont été investis par une intervention artistique du Studio Katra, transformés en supports de fresques. Cette présence artistique accompagne la mutation du site et affirme déjà sa vocation culturelle et publique, en transformant les contraintes de sécurisation en supports d’expression.
Le projet s’inscrit dans une logique de transformation progressive, adaptée à la présence du végétal existant et à la complexité du site en cœur de bourg. Les interventions privilégient la sobriété, la réversibilité et la préservation des structures en place, qui ont permis en aout 2025 une ouverture au public tout en maintenant les équilibres écologiques et patrimoniaux.
À travers cette démarche, le Jardin Fréour reste un morceau de « paysage habité », un jardin de Villa dont les murs se sont abaissés et les portails se sont ouverts, un refuge climatique et un lieu de rencontre entre patrimoine, nature et création, où les usages contemporains s’inscrivent dans une continuité sensible et poétique qui n’attend plus que de pousser.


Informations complémentaires :
Mission de maîtrise d’œuvre complète (y compris programmation) après Procédure adaptée

Bureau(x) d’études : TUGEC Ingénierie bureau d'études VRD
Photographe : MAP [PAYSAGISTES], WDS44 et Frédéric Sauton